Sommaire exécutif

Un contexte de risques en évolution

Le Canada ne devient pas nécessairement plus risqué. Il devient davantage interconnecté, plus important sur le plan stratégique et moins prévisible.

Le commerce, les infrastructures, l’énergie, les minéraux essentiels, la technologie et les pressions sur la main-d’œuvre sont de plus en plus étroitement liés. Une décision prise dans un secteur de l’économie peut avoir des répercussions ailleurs — sur les chaînes d’approvisionnement, les activités opérationnelles, l’affectation des capitaux et les programmes d’assurance.

Pour les organisations canadiennes, la résilience dépend de plus en plus de la compréhension de ces liens et de la nécessité de veiller à ce que les stratégies de gestion des risques et d’assurance évoluent au rythme de l’entreprise.

Les entreprises canadiennes font face à un environnement de risques davantage interrelié


Les organisations canadiennes prennent des décisions dans un contexte marqué par l’incertitude commerciale, l’évolution des chaînes d’approvisionnement, les investissements dans les infrastructures, les changements technologiques, les pressions sur la main-d’œuvre et les conditions météorologiques extrêmes. Ces évolutions touchent les industries de manière différente, mais elles partagent une caractéristique commune : une décision ou une perturbation dans un secteur de l’entreprise peut rapidement modifier l’exposition de l’organisation dans d’autres secteurs.

Le Canada a entamé le deuxième semestre de 2026 avec un regain de vigueur économique, mais avec une liste croissante de risques susceptibles de modifier rapidement les perspectives. Le PIB réel a progressé à un taux annualisé de 3,3 % au deuxième trimestre, grâce à la hausse de la consommation, du marché immobilier, des exportations et des investissements des entreprises.

Depuis lors, toutefois, l’incertitude commerciale s’est intensifiée. Le 1er juillet, les États-Unis ont refusé de prolonger l’ACEUM pour une nouvelle période de 16 ans. L’accord demeure en vigueur, mais les parties sont désormais entrées dans un cycle de révision annuel, ce qui accroît l’incertitude entourant le cadre à long terme du commerce nord-américain.

Les négociations commerciales qui ont suivi ont échoué et, à la fin d’août, les États-Unis ont imposé des droits de douane de 50 % sur 27,6 milliards de dollars de marchandises canadiennes. À compter du 8 septembre, le Canada a riposté en imposant des contre-droits de douane de 15 %, 25 % et 50 % sur 27,6 milliards de dollars d’importations américaines, égalant ainsi, dollar pour dollar, les mesures prises par les États-Unis.

Les répercussions ne se feront pas sentir de manière uniforme dans l’ensemble de l’économie. Alors que les producteurs miniers et agricoles pourraient être mieux à même de trouver des acheteurs sur d’autres marchés, les fabricants pourraient éprouver davantage de difficultés à remplacer leurs clients américains. Les secteurs de l’automobile, de l’acier, de l’aluminium et du bois d’œuvre comptent parmi ceux qui ressentent déjà les répercussions.¹

Parallèlement, les entreprises canadiennes doivent composer avec l’inflation, les coûts de financement et les pressions sur la main-d’œuvre. Le 2 septembre, la Banque du Canada a maintenu son taux directeur à 2,25 %, identifiant le conflit au Moyen-Orient et les nouveaux droits de douane comme des sources importantes de risque.² L’inflation mesurée par l’indice des prix à la consommation a oscillé autour de 3 %, principalement en raison des prix de l’essence, tandis que l’inflation excluant l’essence s’établissait à 2,2 % en juillet.

La position du Canada en tant qu’exportateur net de pétrole pourrait lui offrir une certaine protection contre le choc énergétique général, les producteurs canadiens exportant du pétrole et du gaz naturel à des niveaux records.³

La situation de l’emploi ajoute une autre couche de complexité. L’emploi a reculé d’environ 42 000 postes en août, tandis que le taux de chômage s’est maintenu à 6,4 %.⁴ Parallèlement, la main-d’œuvre qualifiée reste rare alors que le Canada cherche à faire avancer d’importants projets d’infrastructure et de développement national. Les 15 projets annoncés par le Bureau des grands projets du gouvernement fédéral représentent plus de 125 milliards de dollars en investissements en immobilisations.

Pour les hauts dirigeants, le défi ne consiste pas à prédire chaque évolution économique ou géopolitique, mais plutôt à comprendre comment ces pressions interdépendantes affectent l’entreprise et à s’assurer que les stratégies de gestion des risques, de continuité des activités et d’assurance suivent le rythme des réalités opérationnelles et financières.


Réévaluer les dépendances transfrontalières et celles liées à la chaîne d’approvisionnement


Les changements apportés à la politique commerciale, aux droits de douane et aux itinéraires de transport peuvent avoir une incidence sur les coûts, les relations avec la clientèle, la valeur des stocks et les calendriers de production.

Pour les organisations ayant une forte exposition aux États-Unis, les nouveaux droits de douane pourraient modifier les marges, les décisions d’approvisionnement et la rentabilité de la gestion des stocks. Les clients et les fournisseurs pourraient également subir une pression financière plus forte que ne l’indiquent leurs derniers états financiers.

Les organisations devraient examiner la concentration de leurs fournisseurs et de leurs clients, leurs obligations contractuelles, leur conformité aux règles douanières ainsi que les hypothèses qui sous-tendent leur couverture en cas d’interruption des activités.


Harmoniser l’assurance avec les valeurs actuelles des actifs et les activités d’exploitation


Pour de nombreuses organisations, l’entreprise qui s’apprête à renouveler sa police d’assurance peut ne plus ressembler à celle qui était assurée il y a un an. Le remplacement des stocks peut coûter plus cher une fois les droits de douane payés, les marges sur les produits soumis à des droits de douane peuvent avoir changé, et l’inflation ainsi que les coûts de remplacement peuvent modifier les valeurs assurées.

La valeur des biens, le calcul des pertes d’exploitation, les limites de couverture des marchandises et l’assurance de projet devraient donc être réévalués lorsque des changements importants surviennent au sein de l’entreprise, et non seulement au moment du renouvellement.

Pour les organisations ayant des activités, des clients ou des ventes aux États-Unis, les limites de responsabilité devraient également refléter la nature et l’ampleur de ce risque.


Renforcer la résilience des infrastructures et des opérations essentielles


Le Canada doit composer à la fois avec d’importants investissements dans les infrastructures et avec des contraintes liées à la main-d’œuvre, au transport, à l’électricité et aux ressources spécialisées.

L’approvisionnement en électricité, les réseaux de transport, les ports, l’infrastructure numérique et l’équipement spécialisé peuvent tous devenir des points de défaillance uniques. Les organisations devraient cerner les dépendances critiques, modéliser des scénarios d’interruption réalistes et s’assurer que les plans d’urgence et les ententes d’assurance tiennent compte des conséquences financières d’une perturbation.

La formulation de la police d’assurance doit également être examinée à la lumière de la manière dont l’entreprise réagirait concrètement à des événements tels qu’une fermeture de port, un arrêt des transports ou une interruption des services publics.


Faire de la gouvernance, des risques cybernétiques et de la résilience de la main-d’œuvre des priorités d’affaires


Les incidents cybernétiques, la fraude, les changements réglementaires, les contraintes de main-d’œuvre et les coûts liés aux avantages sociaux peuvent avoir une incidence sur le rendement financier et la responsabilité des dirigeants.

La combinaison d’un taux de chômage de 6,4 % et de pénuries persistantes dans certains métiers spécialisés met en lumière une réalité importante au Canada : un ralentissement général du marché du travail ne signifie pas nécessairement que les organisations peuvent facilement trouver les compétences dont elles ont besoin.

Les conseils d’administration et les équipes de direction devraient maintenir une surveillance claire, des plans d’intervention concrets et des contrôles appropriés, tout en tenant compte des juridictions canadiennes dans lesquelles ils exercent leurs activités.


Utilisez l’assurance de façon stratégique


Dans ce contexte économique plus difficile, les conditions du marché de l’assurance demeurent favorables pour de nombreux acheteurs commerciaux canadiens, bien que la capacité et les tarifs varient selon la couverture, le secteur d’activité, la région géographique, l’historique des sinistres et le profil de risque.

Lorsque les conditions sont favorables, les organisations devraient tirer parti de cet avantage de manière stratégique. Cela peut notamment consister à améliorer les modalités de couverture, à remédier aux exclusions, à revoir les limites ou à combler les lacunes créées par des changements dans les activités.

Le prix est un facteur important, mais il ne devrait pas être le seul critère à prendre en compte. La solidité de l’assureur principal, sa capacité à traiter les réclamations, la certitude de la couverture et la capacité du programme à réagir lorsque les conditions deviennent plus difficiles sont également des éléments importants.

L’objectif devrait être de souscrire un programme d’assurance qui réponde comme prévu aux risques importants, et non simplement d’obtenir une prime moins élevée.


Les décisions qui comptent aujourd’hui


Les organisations n’ont pas besoin de prévoir chaque évolution économique ou géopolitique. Elles doivent toutefois comprendre où leur entreprise est la plus exposée, quelles hypothèses ont changé et ce qui se passerait si une dépendance critique venait à faire défaut.

Cela commence par un examen concret des priorités de l’entreprise, des obligations contractuelles, de la valeur des actifs, des risques financiers, des dépendances au sein de la chaîne d’approvisionnement, des contrôles des risques et des modalités des polices d’assurance. Pour les entreprises canadiennes exerçant leurs activités dans plusieurs provinces ou sur les marchés internationaux, cela nécessite également de prêter attention aux différences en matière de réglementation, d’obligations légales et de conditions d’exploitation.

La prochaine décision de la Banque du Canada concernant les taux d’intérêt, le déroulement de l’examen de l’ACEUM ainsi que l’évolution des marchés mondiaux de l’énergie et du commerce pourraient tous avoir une incidence importante sur le contexte opérationnel.

Pour les acheteurs d’assurance, toutefois, les conditions actuelles du marché peuvent constituer une occasion d’agir avant que la situation ne devienne plus difficile. Les organisations les mieux placées pour faire face à l’incertitude seront celles qui intègrent la gestion des risques à leur stratégie d’affaires et qui réévaluent régulièrement si leurs protections reflètent leurs activités actuelles, plutôt que celles qu’elles avaient assurées lors de leur dernier renouvellement.

1Banque du Canada, septembre 2026. https://www.bankofcanada.ca/2026/09/global-trade-is-changing-how-the-canadian-economy-works/

2Banque du Canada, septembre 2026. https://www.bankofcanada.ca/2026/09/global-trade-is-changing-how-the-canadian-economy-works/

3Association canadienne des producteurs pétroliers, mars 2026. https://www.capp.ca/en/media/capp-statement-on-the-conflict-in-the-middle-east-and-the-coordinated-strategic-petroleum-reserve-release/

4Statistique Canada, septembre 2026. https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/260904/dq260904a-eng.htm

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