Électricité, services publics et énergie

L’accès au réseau constitue désormais la contrainte

Le développement des centres de données s’accélère partout au Canada, alors que la demande en capacité de calcul pour l’IA, en services infonuagiques et en infrastructure numérique ne cesse de croître. L’Alberta s’est imposée comme un pôle d’attraction pour ces investissements en raison de son marché de l’électricité concurrentiel, de ses terrains disponibles et de son environnement politique favorable.

L’accès au réseau électrique apparaît comme un obstacle majeur au développement des centres de données en Alberta, où la demande prévue dépasse considérablement la capacité que le réseau provincial peut accueillir sans compromettre la fiabilité ou l’abordabilité. Le Règlement sur les centres de données de l’Alberta, adopté en juin 2026, accorde la priorité aux grands centres de données qui disposent de leur propre capacité de production.19 Par conséquent, la stratégie énergétique devient une partie intégrante du développement des centres de données plutôt qu’une simple considération opérationnelle.

Cela fait peser le risque dans deux directions différentes. Les exploitants qui développent leur propre capacité de production d’électricité assument bon nombre des risques d’un propriétaire de service public, notamment les pannes d’équipement, les perturbations dans l’approvisionnement en combustible et les pannes prolongées. Ceux qui restent dépendants du réseau font face à un défi différent : les coupures de courant peuvent perturber les opérations et compromettre les engagements envers les clients même en l’absence de dommages matériels, une situation que la couverture standard d’interruption d’exploitation ne couvre souvent pas.

Lorsque le stockage d’énergie fait partie de la solution, les propriétaires doivent s’attendre à un examen plus minutieux de la part des assureurs. Une analyse récente menée par Lockton aux États-Unis a révélé que les assureurs exigent beaucoup plus d’informations techniques sur les systèmes de batteries. Cette même analyse a montré que, pour de nombreux centres de données, l’impact financier des temps d’arrêt et du non-respect des engagements de service peut dépasser le coût des dommages matériels.

La hausse des prix de l’énergie modifie l’exposition


Le conflit au Moyen-Orient a provoqué un choc énergétique dont les répercussions varient d’un pays à l’autre. Affaires mondiales Canada s’attend à ce que l’impact économique global sur le Canada reste relativement modeste, compte tenu de la position du pays en tant qu’exportateur net de pétrole. Parallèlement, les exportations canadiennes de biens et de services ont augmenté de 3,3 % au premier trimestre de 2026,20 principalement grâce à la hausse des exportations de pétrole brut, tandis que la production et les exportations de gaz naturel ont atteint des niveaux records.21

La hausse de la valeur des marchandises et l’augmentation des volumes peuvent modifier les répercussions financières d’une interruption. Les valeurs d’assurance, les hypothèses relatives à l’interruption des activités, les accumulations de marchandises et les périodes d’indemnisation devraient donc refléter les conditions d’exploitation actuelles.

  • Une journée de perte de production a plus de valeur qu’il y a un an. Les valeurs et les périodes d’indemnisation établies avant le conflit pourraient sous-estimer l’exposition au risque.
  • Le pétrole brut, les produits raffinés et le GNL entreposés ont une valeur plus élevée; par conséquent, les limites de couverture des biens et les clauses d’évaluation des stocks devraient refléter les prix actuels. La précision des évaluations demeure une priorité pour les assureurs, particulièrement dans un contexte inflationniste.
  • Une plus grande partie de la production quitte la côte de l’Ouest par voie maritime, ce qui entraîne une augmentation de la valeur des marchandises transportées et une accumulation plus importante aux terminaux.

Le conflit perturbe également les voies de navigation traversant le détroit d’Ormuz et menant au détroit de Bab el-Mandeb.22 Les équipements, les pièces et les produits chimiques transitant par la région pourraient, par conséquent, arriver en retard ou coûter plus cher. Cela soulève des questions concernant les risques liés à l’interruption d’activité imprévue et aux retards de démarrage, en particulier lorsque les opérations dépendent d’intrants essentiels transportés le long des itinéraires touchés.

Les organisations qui possèdent des actifs, des employés ou des fournisseurs clés dans la région devraient également vérifier si leurs programmes d’assurance incluent une couverture contre la violence politique et la guerre, et comprendre comment cette couverture s’appliquerait. Les acheteurs d’énergie sont confrontés à l’autre facette de ce même choc. La hausse des coûts du carburant, de l’électricité et du transport peut affecter la rentabilité dans divers secteurs d’activité, ce qui rend important de revoir les hypothèses de revenus utilisées dans les calculs d’interruption des activités.


La responsabilité civile liée aux feux de forêt demeure un enjeu d’actualité pour les services publics


Le risque de feux de forêt devient un enjeu stratégique et financier de plus en plus important pour les services publics. Au-delà de la protection des infrastructures, ceux-ci doivent démontrer qu’ils mettent en œuvre des mesures d’atténuation efficaces, gérer la responsabilité potentielle lorsque leur équipement provoque un incendie et déterminer comment les coûts qui en découlent seront répartis entre les services publics, les assureurs et les clients.

La question prend de plus en plus d’importance alors que le Canada connaît une autre saison de feux de forêt particulièrement intense. D’après les rapports de septembre, l’année 2026 est en voie de devenir la quatrième pire saison de feux de forêt jamais enregistrée au pays, après plusieurs années marquées par une activité de feux de forêt d’une gravité historique.23

À mesure que les saisons des feux de forêt s’intensifient et que les coûts d’atténuation continuent d’augmenter, les questions relatives à la responsabilité, au recouvrement des coûts et à la capacité d’assurance cessent d’être des problèmes isolés pour devenir des préoccupations plus générales dans l’ensemble du secteur des services publics.

Pour les services publics et leurs assureurs, le débat porte de plus en plus sur la capacité de responsabilité civile : quel niveau de couverture est offert, à quelles conditions, et comment les plans d’atténuation et les pratiques de gestion de la végétation influencent les décisions de souscription.24 Les services publics capables de démontrer et de documenter leurs efforts d’atténuation sont susceptibles d’être en position de force lors des négociations de renouvellement d’assurance.

Les coupures d’électricité planifiées créent un deuxième risque. Couper l’électricité peut réduire le risque d’inflammation, mais cela peut également interrompre les activités des clients. Les organisations exerçant leurs activités dans des zones à haut risque devraient vérifier si leur assurance contre les pertes d’exploitation couvrirait une coupure d’électricité délibérée par les services publics en l’absence de dommages matériels.

POINTS CLÉS À RETENIR

Une production record, une demande d’électricité en hausse, l’expansion des infrastructures énergétiques et l’escalade des coûts liés aux feux de forêt créent de nouvelles dépendances opérationnelles et au sein de la chaîne d’approvisionnement dans l’ensemble du secteur de l’énergie, que les programmes d’assurance ne reflètent peut-être pas pleinement. Les organisations devraient revoir leurs hypothèses concernant les risques d’interruption, d’accumulation et de responsabilité civile avant que ces hypothèses ne soient mises à l’épreuve par un sinistre.

Domaines clés :

01

L’électricité devient une dépendance cruciale. Les exploitants de centres de données devraient évaluer si leur plus grande vulnérabilité réside dans la production d’électricité, son stockage ou son accès. Les implications en matière d’assurance peuvent être très différentes.

02

Les perturbations de la chaîne d’approvisionnement peuvent affecter les projets énergétiques bien avant que des dommages matériels ne surviennent. Les organisations devraient vérifier si leurs couvertures d’assurance contre l’interruption d’activité imprévue, les retards de mise en service et la violence politique tiennent compte de leurs principaux fournisseurs, de leurs itinéraires d’expédition et de leurs dépendances vis-à-vis des équipements essentiels.

03

La préparation aux feux de forêt devient autant un enjeu de souscription qu’un enjeu de gestion des risques. Les services publics devraient comprendre comment les plans d’atténuation, la gestion de la végétation et les investissements en résilience influent sur la capacité de responsabilité civile disponible, la tarification et les modalités de couverture.

19Gouvernement de l’Alberta, juillet 2026. https://www.alberta.ca/datacentres/grid

20Affaires mondiales Canada, Bureau de l’économiste en chef, Rapport trimestriel sur l’économie et le commerce, été 2026. https://international.canada.ca/en/global-affairs/corporate/reports/chief-economist/quarterly/summer-2026

21Association canadienne des producteurs pétroliers, mars 2026. https://www.capp.ca/en/media/capp-statement-on-the-conflict-in-the-middle-east-and-the-coordinated-strategic-petroleum-reserve-release/

22 Mise à jour du marché Lockton, octobre 2026. https://global.lockton.com/lmu

23 Institut du climat du Canada, juillet 2026. https://climateinstitute.ca/news/fact-sheet-wildfires/

24 Électricité Canada, « Considérations réglementaires et stratégiques relatives au risque d’incendie de forêt pour les services publics », 2026. https://www.electricity.ca/files/reports/english/Wildifre-Report-2026.pdf

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