Infrastructure et construction
L’accélération des autorisations fait peser le risque sur le calendrier
Le Canada accélère ses investissements dans les grands projets d’infrastructure. Le Bureau des grands projets du gouvernement fédéral a annoncé 15 projets représentant plus de 125 milliards de dollars en investissements en capital. La Loi visant à bâtir le Canada fournit également un cadre permettant aux projets désignés comme étant d’intérêt national de bénéficier de processus fédéraux simplifiés d’examen et d’approbation.
Bien que la rationalisation de l’examen raccourcisse une étape du projet, les délais de livraison de l’équipement, les livraisons de matériaux et la mobilisation de la main-d’œuvre suivent leur propre rythme. Les projets sont toujours confrontés à des perturbations de la chaîne d’approvisionnement, à des contraintes de main-d’œuvre et à des conditions météorologiques extrêmes, souvent simultanément.
Les projets accélérés exigent souvent que des décisions soient prises concernant l’équipement à long délai de livraison et les travaux préliminaires avant que toutes les dépendances en aval aient été résolues. Cela peut entraîner une accélération des échéanciers de projet qui dépasse ce pour quoi l’assurance, le financement et la répartition des risques avaient été initialement conçus. Les projets qui avancent selon un échéancier accéléré devraient examiner si :
- Les dispositions relatives aux risques de chantier devraient être réévaluées en fonction de la date de début réelle du projet et de la portée des travaux préliminaires, en particulier lorsque les travaux de construction commencent plus tôt que prévu initialement.
- La couverture des retards de démarrage devrait refléter le chemin critique révisé. Un calendrier serré peut accroître à la fois la probabilité et les conséquences financières d’un retard, en particulier lorsque les étapes clés de la mise en service, de l’approvisionnement et du financement sont étroitement liées.
- Les prêteurs pourraient revoir les exigences en matière d’assurance si les étapes clés du financement et les échéanciers du projet venaient à changer.
Un projet qui gagne six mois au niveau de l’obtention des permis peut perdre ce temps tout aussi rapidement au niveau de l’approvisionnement. Lorsque cela se produit, la question clé est de savoir qui en assume le coût. La réponse se trouve généralement dans le contrat et dans les modalités de l’assurance.
La pénurie touche les métiers spécialisés
Le marché du travail dans le secteur de la construction est plus tendu que l’ensemble du marché du travail. Le taux de chômage national s’est maintenu à 6,4 % en août,¹⁰ mais dans le secteur de la construction, il s’élevait à 4,7 %, et était inférieur à 4 % dans certaines provinces.¹¹
La répartition par tranche d’âge de la croissance récente de l’emploi mérite également qu’on s’y attarde. En août 2026, l’emploi dans le secteur de la construction chez les travailleurs âgés de 55 ans et plus avait augmenté de 28 000 depuis le début de l’année, tandis que l’emploi chez les travailleurs âgés de 15 à 24 ans avait diminué de 16 700.¹²
BuildForce souligne que cette tendance pourrait indiquer un recours accru à des travailleurs plus âgés et plus expérimentés pour soutenir la réalisation des projets ou combler les lacunes créées par la baisse de l’emploi chez les jeunes travailleurs.
Si cette tendance se maintient, elle pourrait poser des défis à long terme en matière de relève et de transfert des connaissances, d’autant plus que les grands projets font grimper la demande de superviseurs expérimentés et de travailleurs spécialisés.
Comme moins de jeunes travailleurs se lancent dans le secteur, il y a moins de personnes prêtes à prendre la relève à mesure que les travailleurs expérimentés prennent leur retraite, alors même que de plus en plus de grands projets entrent en phase de construction. Et lorsqu’un superviseur ou un spécialiste expérimenté est blessé ou indisponible, un projet ne perd pas simplement un travailleur. Il perd la personne sur laquelle repose le calendrier des travaux.
Les organisations devraient traiter le risque lié à la main-d’œuvre de la même manière qu’elles traitent le risque lié aux fournisseurs. Un projet peut sembler bien diversifié sur le papier tout en reposant néanmoins sur un petit groupe de superviseurs expérimentés, de corps de métier spécialisés ou de sous-traitants dont l’absence pourrait avoir une incidence importante sur l’échéancier.
Les projets devraient cerner les rôles qui seraient les plus difficiles à remplacer et les domaines où se concentrent les connaissances essentielles. Le jumelage de travailleurs expérimentés avec des nouveaux venus peut aider à préserver l’expertise au fil du temps, tandis que des programmes solides en matière de sécurité et de retour au travail peuvent réduire le risque de perdre du personnel clé dont l’absence pourrait nuire au calendrier et à la réalisation du projet.
Le risque climatique figure désormais dans le calendrier
Cet été a montré à quelle vitesse les conditions météorologiques peuvent perturber un projet. Onze catastrophes liées à des tempêtes violentes ont été déclarées partout au Canada à partir du mois de juin, les inondations soudaines ayant entraîné des pertes assurées dans bon nombre d’entre elles.13
Pour les projets, le problème réside moins dans la tempête elle-même que dans la manière dont le contrat et le programme d’assurance réagissent lorsqu’une telle tempête survient. Les sous-limites pour les inondations et les feux de forêt, les franchises, la mesure dans laquelle la couverture des retards tient compte des perturbations liées aux conditions météorologiques, ainsi que le nombre de jours d’intempéries autorisés en vertu du contrat de construction peuvent tous déterminer la rapidité avec laquelle un événement météorologique entraîne des coûts supplémentaires.
La planification de la résilience et les capacités de continuité des activités peuvent permettre aux assureurs et aux prêteurs de mieux comprendre dans quelle mesure un projet est prêt à faire face aux perturbations causées par des conditions météorologiques extrêmes, plutôt que de se fier uniquement aux données historiques sur les sinistres.
POINTS CLÉS
L’accélération des processus d’approbation n’élimine pas les risques liés à la réalisation des projets. À mesure que les échéanciers se resserrent, les processus d’approvisionnement, le financement, la capacité de main-d’œuvre, l’assurance et la répartition des risques contractuels doivent suivre le rythme. Pour les propriétaires, les entrepreneurs et les prêteurs, le défi consiste à s’assurer que les hypothèses du projet demeurent en adéquance avec la façon dont les travaux seront réellement exécutés.
À mesure que les projets passent de la phase d’approbation à celle de l’exécution, plusieurs aspects méritent une attention particulière :
10Statistique Canada, septembre 2026. https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/260904/dq260904a-eng.htm
11BuildForce Canada, septembre 2026. https://www.buildforce.ca/en/blog/women-and-older-workers-drive-national-construction-employment-gains-august-2026-lfs-finds/
12BuildForce Canada, septembre 2026. https://www.buildforce.ca/en/blog/women-and-older-workers-drive-national-construction-employment-gains-august-2026-lfs-finds/
13CatIQ, août 2026. https://public.catiq.com/2026/08/17/catiq-discloses-second-industry-loss-estimate-for-severe-storm-event-in-ontario-and-quebec-in-june-july-2026/
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