Commerce transfrontalier et risques liés à la chaîne d’approvisionnement

L’incertitude commerciale constitue désormais le contexte opérationnel

L’incertitude commerciale n’est plus simplement un enjeu macroéconomique pour les entreprises canadiennes. L’ACEUM demeure pleinement en vigueur, mais la décision prise en juillet de ne pas prolonger l’accord pour un nouveau mandat signifie que les parties sont entrées dans un cycle d’examen annuel, ce qui crée une plus grande incertitude quant au cadre à long terme du commerce nord-américain.

À la fin du mois d’août, les États-Unis ont imposé des droits de douane de 50 % sur 27,6 milliards de dollars de marchandises canadiennes. Le 8 septembre, le Canada a instauré des contre-droits de douane équivalents, dont les taux s’élèvent à 15 %, 25 % et 50 % selon le produit.

Pour les organisations canadiennes, le défi pratique réside dans la rapidité avec laquelle les conditions commerciales peuvent changer. Les modalités régissant la plus importante relation commerciale du Canada peuvent désormais évoluer dans un horizon de planification beaucoup plus court que celui de la plupart des contrats, des budgets et des programmes d’assurance.

Les changements apportés aux tarifs douaniers, à la politique commerciale et aux relations transfrontalières peuvent rapidement avoir des répercussions sur les décisions d’approvisionnement, les coûts d’inventaire, les obligations contractuelles, les relations avec la clientèle et les risques liés à l’assurance. En conséquence, les organisations peuvent changer de fournisseurs, délocaliser leur production, constituer des stocks, revoir leurs ententes logistiques ou réexaminer leurs relations contractuelles.

Ces mesures peuvent protéger les marges et assurer la continuité à court terme, mais elles peuvent également créer de nouveaux risques, notamment des défaillances de fournisseurs, des différends contractuels, des problèmes de responsabilité du fait des produits, des préoccupations liées au contrôle de la qualité et des pertes liées à l’interruption des activités.

Pour les entreprises exerçant leurs activités dans le corridor Canada-États-Unis, ces risques peuvent se propager rapidement à travers des chaînes d’approvisionnement interconnectées. Une décision d’approvisionnement prise au sein de la fonction des achats peut avoir des répercussions sur les opérations, les finances, la gouvernance, les obligations légales et les programmes d’assurance à l’échelle de l’organisation.

Les droits de douane modifient le coût d’une perte


Les droits de douane peuvent augmenter de façon significative le coût de remplacement et la valeur assurée des stocks. Si les valeurs d’assurance ne tiennent pas compte des droits de douane déjà payés, un incendie, une inondation ou tout autre sinistre couvert pourrait laisser une partie du coût de remplacement non assurée, forçant l’entreprise à assumer ces coûts supplémentaires lors du remplacement des stocks.

Les droits de douane peuvent également accroître les coûts de la chaîne d’approvisionnement et modifier les risques opérationnels et financiers d’une manière que les mesures générales de l’inflation ne permettent pas toujours de saisir.

Le même principe s’applique à la couverture des pertes d’exploitation. Les hypothèses de bénéfices établies avant les récentes modifications tarifaires pourraient ne plus s’appliquer aux produits touchés, que les marges aient été réduites ou que les prix aient augmenté. Une couverture fondée sur des chiffres historiques pourrait donc calculer une perte à partir d’hypothèses qui ne reflètent plus les activités actuelles de l’organisation.

Les contrats méritent également une attention renouvelée. Les dispositions relatives à l’ajustement des prix et à la force majeure pourraient être mises à l’épreuve par des changements dans les tarifs, les ententes d’approvisionnement ou les itinéraires de transport. Les organisations devraient comprendre comment ces clauses répartissent les coûts et les obligations entre les clients et les fournisseurs avant qu’un différend ne survienne.


Le risque de contrepartie mérite une plus grande attention


Les pressions financières demeurent une source de préoccupation des deux côtés de la frontière. Aux États-Unis, les dépôts de bilan d’entreprises ont augmenté de 16,9 % au cours des 12 mois se terminant le 30 juin 2026.⁵ Au Canada, le nombre total de cas d’insolvabilité a augmenté de 4,9 % au cours des 12 mois se terminant le 31 juillet 2026, en raison principalement des cas d’insolvabilité chez les consommateurs, tandis que les cas d’insolvabilité chez les entreprises ont diminué de 8,4 % au cours de la même période.⁶

Ces deux séries de chiffres reflètent en grande partie la situation avant l’entrée en vigueur des droits de douane d’août et n’offrent qu’un aperçu partiel de l’évolution possible des secteurs les plus exposés, tels que l’acier, les pièces d’automobile et l’agroalimentaire.

Lorsqu’un partenaire commercial clé connaît des difficultés financières, des perturbations opérationnelles peuvent rapidement s’ensuivre. Les organisations entretenant d’importantes relations transfrontalières avec des clients, des fournisseurs ou des distributeurs devraient surveiller de près la santé financière de leurs contreparties.

Les données sur l’insolvabilité constituent un indicateur à retard. Pour les gestionnaires de risques, les indicateurs les plus utiles pourraient être la détérioration des habitudes de paiement, la pression exercée par les clauses restrictives ou la concentration dans des secteurs vulnérables, plutôt que l’insolvabilité en soi. Au moment où les données officielles sur l’insolvabilité confirment l’existence d’un problème, les répercussions opérationnelles peuvent déjà avoir touché l’entreprise.

L’assurance-crédit commercial peut aider à se prémunir contre les pertes découlant de l’insolvabilité, de la faillite ou du défaut de paiement prolongé d’un client, mais les organisations préoccupées par le risque de contrepartie disposent de plusieurs sources de protection. Exportation et développement Canada s’est engagé à fournir jusqu’à 5 milliards de dollars en financement et en assurance pour aider les entreprises touchées par les droits de douane et a récemment élargi les critères d’admissibilité afin que davantage d’entreprises touchées, y compris celles qui fournissent les exportateurs, puissent en bénéficier.⁷ Les assureurs privés de crédit commercial constituent une autre option.

Les organisations qui envisagent de souscrire une assurance-crédit commercial devraient comparer les modalités avant que des inquiétudes ne surgissent quant à la santé financière d’une contrepartie. Agir tôt offre généralement plus de souplesse que d’attendre que les problèmes de crédit deviennent évidents. Bien que l’assurance-crédit commercial permette de transférer le risque, elle n’élimine pas la nécessité de surveiller les contreparties à mesure que les conditions évoluent.


Les décisions de diversification comportent des risques liés à la gouvernance et à la politique


Les entreprises canadiennes s’adaptent déjà à un environnement commercial en mutation. La part des États-Unis dans les exportations totales du Canada a atteint un creux trimestriel historique au premier trimestre de 2026.⁸

La diversification des fournisseurs, des sites de production ou des marchés d’exportation peut réduire la dépendance à l’égard d’une seule relation commerciale, mais elle peut également entraîner des exigences juridiques inconnues, des préoccupations en matière de contrôle de la qualité, des dépendances logistiques et des risques liés à la continuité des activités.

Les décisions prises aujourd’hui concernant les chaînes d’approvisionnement, la production et les investissements peuvent faire l’objet d’un examen minutieux des années plus tard. On pourrait demander aux organisations comment les fournisseurs ont été sélectionnés, quelles vérifications ont été effectuées et quelles informations ont été divulguées; des réclamations futures pourraient découler de ces décisions sans même qu’il soit question de droits de douane.

Ces risques sont particulièrement aigus pour les sociétés ouvertes, les sociétés en portefeuille de fonds de capital-investissement, les multinationales et les promoteurs œuvrant dans les secteurs minier, de l’énergie et des infrastructures, qui sont plus susceptibles de faire l’objet d’un examen minutieux concernant leurs décisions relatives à la chaîne d’approvisionnement, leurs activités transfrontalières, leurs choix d’investissement et leurs divulgations publiques. Les conseils d’administration devraient s’assurer que les changements opérationnels majeurs reposent sur des décisions documentées et un contrôle clair.

Les décisions de changer de fournisseur, de délocaliser la production ou d’investir dans de nouveaux pays peuvent également créer un ensemble différent de risques dans les territoires où les organisations choisissent de faire affaire. Les activités et les investissements dans des pays peu familiers peuvent faire l’objet d’une intervention gouvernementale, de restrictions sur les transferts de fonds, d’une révocation de licence, d’une expropriation ou de nouvelles barrières commerciales. L’assurance contre les risques politiques peut aider à atténuer certains de ces risques.


La concentration des stocks peut modifier les scénarios de pertes


De nombreuses organisations ont accumulé des stocks, agrandi leurs installations d’entreposage et exploré des solutions de transport de rechange afin de gérer les coûts et d’assurer la continuité. Les entreprises ont puisé dans une partie de ces stocks au cours du deuxième trimestre, après les avoir constitués au cours des trimestres précédents.9 La dernière escalade tarifaire pourrait à nouveau modifier cette équation, entraînant une nouvelle vague de constitution de stocks dans différentes gammes de produits et à divers endroits.

Cette réaction peut modifier le profil de risque d’une entreprise avec une rapidité surprenante. L’augmentation des stocks, la mise en place d’entrepôts temporaires et la révision des itinéraires logistiques peuvent concentrer la valeur d’une manière que les programmes d’assurance existants n’ont jamais été conçus pour prendre en compte.

Un entrepôt contenant des stocks nettement plus importants que ce qui avait été prévu initialement présente un scénario de perte très différent de celui que les souscripteurs et les gestionnaires de risques avaient évalué au moment de la souscription. Les limites de couverture des biens et du fret devraient refléter la valeur des stocks à chaque emplacement, y compris les droits de douane payés, et non ce qui s’y trouvait lors de la dernière mise en place du programme.

POINTS CLÉS

L’incertitude commerciale fait désormais partie intégrante de l’environnement d’exploitation plutôt que de constituer une perturbation à court terme. Les programmes fondés sur un accès stable au marché américain méritent d’être réexaminés.

Cinq domaines méritent une attention particulière :

01

Réévaluer les risques liés aux stocks, au fret et à l’interruption des activités en fonction des coûts et des marges actuels, y compris les droits de douane payés.

02

Vérifiez les limites de crédit commercial et l’exposition des contreparties en fonction des conditions postérieures au mois d’août, et non selon les hypothèses de l’année dernière.

03

Examinez les clauses d’ajustement des prix et de force majeure afin que l’organisation comprenne bien sa position avant que ces dispositions ne soient mises à l’épreuve dans le cadre d’un litige.

04

Assurez-vous que les concentrations de stocks, les emplacements d’entreposage temporaire et les dispositions logistiques révisées soient pris en compte dans les programmes relatifs aux biens et au fret.

05

Assurez-vous que la surveillance exercée par le conseil d’administration, la documentation et les divulgations publiques suivent le rythme des changements opérationnels, en particulier lorsque les fournisseurs, les sites de production ou les lieux d’investissement changent.

5 Bureau administratif des tribunaux des États-Unis, « Les faillites augmentent de 12,2 % », juillet 2026. https://www.uscourts.gov/data-news/judiciary-news/2026/07/28/bankruptcies-rise-122-percent

6 Bureau du surintendant des faillites, Statistiques sur l’insolvabilité au Canada, juillet 2026. https://ised-isde.canada.ca/site/office-superintendent-bankruptcy/en/statistics-and-research/insolvency-statistics-canada-july-2026

7Exportation et développement Canada, août 2026. https://www.edc.ca/en/campaign/trade-support-canadian-companies.html

8Affaires mondiales Canada, Bureau de l’économiste en chef, Rapport économique et commercial trimestriel, été 2026. https://international.canada.ca/en/global-affairs/corporate/reports/chief-economist/quarterly/summer-2026

9Statistique Canada, Le Quotidien, août 2026. https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/260828/dq260828a-eng.htm

© 2026 Lockton Companies. All rights reserved.